Special Service, le ep que l'on n'attendait plus
On vous en avait parlé il y a quelques mois - déjà - ici. La rumeur est devenue réalité. Un enregistrement de Special Service, daté du tout début des années 80, a résisté au temps et cette galette inédite est désormais disponible à l'écoute et à la vente... Pour la jeune génération rockeuse qui ne les a pas connus, Rockonmars fait le point sur un de ces groupes mythiques marseillais du XXe siècle, Special Service.
Malgré sa brève existence, Special Service est l’un des groupes qui a le plus marqué l’histoire du rock à Marseille au sortir des années punk et au début des années 80. Très fortement influencé par l’énergie revigorante de 1977, mais aussi par le revival Mod insufflé par The Jam, leur influence majeure, le groupe est né de l’amitié et de la complicité musicale de Jean-Luc Scinicariello et Francis Silberich, qui avaient déjà fait leurs classes dans diverses formations marseillaises plus ou moins éphémères. Des deux, Jean-Luc, surnommé « Scini » ou l’Indien, est celui qui avait déjà le plus beau pedigree. Dès ses années lycée, il s’était fait remarquer par son exceptionnel talent de guitariste au sein de formations comme Brain Police. Très vite, il intègre le combo le plus en vue dans le Marseille des année post punk, Cops and Robbers (dont l’album a également été publié par Mémoire Neuve). Ses qualités guitaristiques sont telles que, selon la légende, Jacques Higelin lui aurait proposé de le rejoindre après le départ de Louis Bertignac pour Téléphone. Francis a de son côté officié au sein des Thumbs aux côtés de Thierry Cellerosi à la guitare, de Pierre Juillet à la basse et de Marc Iozzino à la batterie. S’ils décident de monter un groupe ensemble, c’est que Jean-Luc et Francis ont concocté à quatre mains un répertoire de chansons percutantes, mélodiques, subtiles vignettes de la vie des jeunes aspirants rockers de Marseille à l’époque : chômage ou jobs affligeants, amours tarifées, soirées d’ennui et évasion dans la musique et la drogue. Pour rendre justice sur scène aux titres que contient ce mini-album, ils font appel à un bassiste dont l’histoire n’a pas retenu le nom et qui n’officiera que le temps de quelques concerts, et au batteur Pierre Brolli, passé lui aussi par Cops and Robbers. Nous sommes en 1981, juste avant l’élection de François Mitterrand aux élections présidentielles. Pierre Brolli, trop imprévisible, et le premier bassiste, qui ne fait pas l’affaire, son promptement remplacés par la section rythmique de Cops and Robbers, composée alors de Pierre Exbrayat à la basse et de Marc Iozzino (ex-Thumbs) à la batterie. C’est dans cette formation que Special Service va assurer la plupart des premières parties des groupes de passage à Marseille – Iggy Pop, Bo Diddley ou Vince Taylor, qui interrompt leur set lors d’un festival en 1982 pour monter sur scène avant d’être trop imbibé. Entre temps, le groupe est aussi devenu la formation maison du Flipper, une boîte rock du centre de Marseille, où ils assurent les premières partie de The Beat ou Oh No Lulu avec le bassiste François Thomazeau. Malheureusement, l’hygiène de vie des membres du groupe à cette époque n’est pas irréprochable et, comme l’écrira Rock & Folk à la fin de leur éphémère carrière, « Special Service s’est dissous dans une petite cuiller ».
Ce mode de vie rock and roll aura raison de la santé de Jean-Luc, Francis et Pierre, tous partis trop tôt.
Reste de ce combo fugitif les quatre morceaux que vous allez découvrir et qui illustrent bien toute l’urgence, la pertinence et l’efficacité du quatuor. Ces morceaux sans âge sont d’ailleurs restés dans le répertoire des groupes rejoints par Jean-Luc Scinicariello jusqu’à son décès, et notamment les Bootleggers, qui dans leur version actuelle, les interprètent encore régulièrement sur les scènes du Sud de la France.
Par chance, Special Service avait pris le temps de les immortaliser à l’été 1981 dans un studio d’enregistrement de Fuveau, un village de l’arrière-pays aixois. Par chance encore, leur manager, Dominique Franceschetti, a conservé précieusement ces bandes, que Mémoire Neuve ressort, pendant toutes ces années ! Le groupe évoluait alors dans la formation suivante :
Francis Silberich (chant, guitare), Jean-Luc Scinicariello (guitares, chant, claviers), François Thomazeau (basse) et Marc Iozzino (batterie).

